Histoire de Partage (19) : les tricoteuses solidaires

🧦 Et si, en pleine Révolution, la solidarité passait par… une paire de chaussettes ?

Pendant la Révolution Française, alors que la France entre en guerre et que les conditions de vie des soldats deviennent très rudes, des femmes — souvent modestes — participent à des élans de soutien matériel. Elles tricotent, cousent, rassemblent du linge. Elles font parvenir des bas, des bonnets, des chemises, des morceaux de laine, parfois de la charpie… offerts aux troupes et aux blessés.

Aujourd’hui, on pourrait les appeler des tricoteuses solidaires… mais il faut le dire clairement : le mot “tricoteuses” a aussi une histoire très chargée, souvent politique, parfois péjorative, dans les représentations de l’époque.

🧵 Une mobilisation discrète, mais réelle

Dès avril 1792, la France déclare la guerre à l’Autriche. Les besoins explosent : il faut des soldats… et aussi des effets très simples pour tenir au froid, à la boue, aux marches.

Après la chute de la royauté (21 septembre 1792), puis la décision de dater les actes publics de “l’an premier de la République”, l’effort de guerre et l’appel au civisme prennent une ampleur nouvelle.

Dans beaucoup de communes, de sections, de sociétés populaires, des citoyens… et des citoyennes… contribuent par des collectes et des envois. On retrouve, noir sur blanc, des listes d’objets donnés : paires de bas, bonnets, souliers, chemises, draps, serviettes, linge “vieux” destiné à être transformé en charpie, etc.

Et, oui… dans cette réalité-là, il y a aussi des femmes qui tricotent, qui raccommodent, qui préparent, qui organisent. Un travail concret. Parfois fait à la maison. Parfois en groupe. Souvent avec ce qu’on a sous la main.

🧶 Un engagement au quotidien

Ce geste, qui peut sembler modeste, a pourtant une portée très concrète… et très symbolique :

  • Il montre que la contribution à un idéal collectif ne passe pas toujours par les armes.
  • Il prouve que la solidarité peut s’exprimer dans les objets du quotidien.
  • Il rappelle une part d’engagement féminin très présente, mais longtemps moins visible dans les grands récits.

Et, surtout : contrairement à l’image d’un geste “anonyme” par nature, beaucoup de dons laissent des traces écrites. Ils sont lus, enregistrés, résumés, parfois même “mentionnés” dans les comptes rendus.

🏛️ Un geste parfois effacé… mais bien réel

Contrairement aux grandes figures de la Révolution — députés, généraux, orateurs — ces femmes n’ont pas toujours laissé de discours célèbres.

Mais elles ont, très souvent, nourri l’effort collectif par des actions simples : donner, réparer, faire parvenir, équiper… un peu mieux… les “défenseurs de la patrie”.

💬 Une morale à vivre aujourd’hui

Dans un monde où tout se vend, où l’aide est souvent institutionnalisée ou monétisée, ces gestes rappellent une chose très simple : aider peut rester gratuit, humble, et profondément humain.

Cela ne veut pas dire faire de grands sacrifices.

Cela peut vouloir dire :

  • donner un peu de son temps pour une cause locale,
  • fabriquer quelque chose de ses mains pour l’offrir,
  • répondre à un besoin réel sans attendre de retour.

Tricoter une paire de chaussettes, c’était dire : “Tu comptes… même si je ne te connais pas.” Et peut-être que cette fraternité ordinaire est encore, aujourd’hui, l’une des valeurs les plus révolutionnaires.